Ah ben non, désolé...

Ces lundis que je ne hais point...

Il est 10H ce lundi matin. La voiture est remplie ras la gueule. Je suis prêt pour ma grande transhumance post 24 Heures. 650 km de route m’attendent. Mais…

Jean Rondeau dans son livre « à la course, à la vie » parlait de « ces Lundi que je hais… » Moi, comme Jean, mais comme probablement nombre d’entre vous qui lisez ces lignes, vous les haïssez certainement également. Pour paraphraser un pote, qui ce soir est beaucoup moins triste que ces dernières années : « La déprime post 24 Heures est officiellement ouverte… » Mais non, je ne suis plus dans cette déprime ces dernières années. Je ne vis plus ces lendemains de 24 Heures comme une grande déprime. Je ne suis plus dans le spleen… L’âge, la maturité, vous comprenenez… Et ce matin, j’ai envie de prolonger un peu…

Je suis prêt pour ma grande transhumance mais je ne prends pas encore réellement la route du retour. Depuis la maison où je vis 10 jours chaque année, je reprends la route du circuit ! Je vais aller shooter ces voitures qui ont vécu 86400 secondes de rudes sollicitations en piste. J’arrive par le rond-point situé au milieu des Hunaudières, au niveau du Family Village et je rentre dans l’espace du circuit par la route qui rejoint directement l’entrée du Beauséjour. Immédiatement, je retombe dans l’ambiance. Je croise des dizaines de voitures dont les occupants, eux, au contraire, quittent définitivement la Sarthe. Nombre d’entre eux retournent Outre-Manche. A propos d’Outre-Manche, je suis depuis quelques centaines de mètres une petite Mazda immatriculée UK, qui arbore un large sticker avec l’ancien logo « 24 Heures du Mans ». Et non pas 24 Heures Le Mans comme le clame l’actuel. Ce qui me plait beaucoup car cela me prouve que même les anglais peuvent apprendre certaines subtilités de la langue française… Pourquoi donc avoir changé l’appellation populaire ?

Revenir 18 heures plus tard sur le lieu même de notre passion me fait du bien. Et tout en conduisant, j’observe. Les campings sont encore bien remplis. L’endroit est loin d’être vide même si je le sais, il est en sursis… Je retourne au parking Ouest. Si hier encore, une armée de personnes nous guidait pour nous acheminer à un emplacement de stationnement, ce matin, ils ne sont plus que deux ! Chacun à un bout de ce gigantesque parking ex-Bleu, pour ceux qui s’en souviennent… Je me pose, je sors les boitiers et les objectifs puis franchis la passerelle piétonne qui surplombe la piste. Personne ne scanne mon accred : Ouais, indéniablement, c’est fini… Je traverse le tunnel piéton sous le module sportif et n’y croise qu’une seule personne : Ouais, indéniablement, c’est fini… Je rentre dans le paddock sans filtrage, puis me retrouve sur la pit lane sans montrer ma chasuble : Ouais, indéniablement, c’est fini…

Le bordel sur ces deux voies de bitume et une de béton est gigantesque ! C’est le capharnaüm dans l’organisation pour remettre tout ce matos en caisse ! Immédiatement, je note que l’on remet la Interpol n°43 dans son camion. Vite, avant qu’elle ne file hors de ma vue, je déclenche ! Plusieurs fois… Elle et son équipe mérite bien d’être mise en avant. Oui le LMP2 est devenu une catégorie monotype qui en irrite plus d’un parmi les fans absolus du Mans. Mais la perf de l’équipe polonaise est réellement admirable depuis ces dernières années…

Maintenant que j’ai commencé à déclencher, je ne m’arrête pas et je remonte toute la pit-lane progressivement. J’espère bien revoir les deux Toyota notamment. Je suis déçu de voir que certaines autos sont déjà habillées de capots de rechange ou bien qu’elles ont été nettoyées à la va-vite. C’est le cas notamment des 499P… Mais il en reste suffisamment qui exhibent les cicatrices de la course… Là du gravier dans la pit-lane. Là, un vinyle qui a morflé suite à un impact. Là, une carrosserie arrachée. Là, le sticker Endurance-Info 20 ans qui n’est plus aussi propre que samedi à 16 Heures…

J’arrive en haut des stands. Aucune des Toy n’est là : elles sont aux vérifs techniques. Mais les trophées sont fièrement exposés au fond du box de la 7. Déclenchement... Sans surprise, je croise quelques photographes qui se livrent au même exercice que moi dont Bruno Vandevelde. Je croise aussi Laurent Mercier et Pierre Tassel. Décidément, je baigne de nouveau dans l’ambiance Endurance-Info… Les copains chassent encore et toujours des infos ! Passer quelques minutes de plus avec eux font de ce lundi, l’un de ceux que je ne hais point…

Je m’attarde sur ce mécano qui tente comme il peut d’enlever les stickers posés au sol et qui guident les pilotes lors de leurs arrêts. Malgré un décapeur thermique, la colle est redoutablement efficace et la bande jaune n’abandonne pas facilement son emplacement. Il faut dire qu’il lui faut résister au couple passé par les pneus arrière lors de la remise en vitesse. Et ce durant 24 Heures !

Un dernier gros plan sur les confettis dorés du podium et je repasse côté paddock. J’ai le secret espoir d’y croiser deux personnes importantes à mes yeux. Et qui hier dimanche à 16H, ont lâché quelques larmes. Mais vous savez : ces bonnes larmes... Coup de bol, je n’ai pas fait 10 mètres que je croise David. Nous discuterons une demi-heure. Petit moment privilégié… Au moment où je le quitte, traversant un paddock qui se dévêt lentement de ces habits de lumière, je prends la direction de la structure Toyota ou je vois immédiatement Jérôme. Qui m’engueule presque que l’on ne se soit pas vu plus souvent cette semaine. Faut dire que sans ma présence, ce sont de nombreux paquets de café qui lui restent sur les bras ! Autre petit moment privilégié... Qui fait de ce lundi, l’un de ceux que je ne hais point…

Avoir passé du temps avec tous ces potes m’a donné la banane. Le spleen n’est pas en vue. Et comme un con, vu que je plane un peu, j’oublie de retourner vers l’autre côté du parc fermé. Je voulais shooter celles que je ne pouvais atteindre avec mon petit 50mm de l’autre côté des grilles, depuis celles de la pit lane. Depuis celles du paddock, j’aurai pu fixer de plus près cette Cadillac qui fut redoutable. J’aurai peut-être pu apercevoir cette Toyota n°7, ornée de ses stigmates de la bataille mancelle. Dommage. Mais pas grave. Il est temps de reprendre réellement la route.

Retour au P Ouest, direction Mulsanne par la piste mais dans le sens contraire des 24 Heures. Je plane mais mon cerveau en roue libre, enregistre des détails futiles. Derrières les tribunes, une équipe de nettoyeur est au travail et a déjà fait disparaître une très grande part de ces déchets laissés négligemment par la foule. Ces toiles de tentes, toutes identiques et alignées au cordeau à côté de Beauséjour ne sont plus aussi tendues que lors de mon arrivée. En trois heures de temps passées dans le paddock, les campings se sont sacrément bien vidés ! A hauteur du Ball Trap (repère de photographes…) je distingue un groupe électrogène en plein milieu de la forêt. Pourquoi donc ? Ah si… Peut-être pour faire fonctionner ces panneaux électroniques désormais « brandis » à la face des pilotes.

J’arrive à Mulsanne. Je décide que j’ai un dernier cliché à y faire. Je stoppe la voiture sur la bretelle empruntée par le circuit. Et je me fous une énième fois de la semaine par terre, pour faire un cliché. Je shoote le vibreur… Mais pas n’importe où. Non, pas là ou tout le monde est passé laissant un amas de traces noires sur le jaune et le bleu fraichement repeint quelques jours avant l’épreuve. Je shoote là ou une seule auto est passé, en y bloquant ses roues visiblement, laissant deux belles traces noires sur les couleurs traditionnelles de l’ACO. Ultime photo des 16312 déclenchements effectués durant cette très longue semaine qui passe plus vite que bien des journées au cours de l’année…

Cette fois-ci, c’est fini. Je reprends réellement la route. Le cerveau turbine encore à fond, j’écris déjà cet article dans ma tête tout en avalant les kilomètres d’autoroute. Et je suis bien. Car définitivement, comme toutes ces dernières années, c’est un lundi que je ne hais point. Puisqu'il ne reste plus que 364 jours..

Laurent Chauveau

One thought on Ces lundis que je ne hais point…

  1. Super mon Lolo. Je suis bien content de te savoir heureux ! Bin décompte jusqu’à l’année prochaine.

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