Cougar 1982, les débuts de l'aventure...
Le 19 juin 1982, une bande de potes amenait sur la grille de départ la voiture qu’ils avaient construite de leurs mains durant les derniers mois dans un rush absolu. La Cougar C01 de Yves Courage et ses hommes allait marquer les débuts d’une aventure de 25 années…
Yves Courage est un sarthois pure souche, né le 27 avril 1948 du côté de Montaillé, peu avant St-Calais sur l’une des grandes lignes droites du tout premier circuit manceau, celui de plus de 100km utilisé lors du Grand Prix de l’Automobile Club de France de 1906. Dans un contexte pareil et comme beaucoup de jeunes sarthois, il lui fut impossible de résister à la passion du sport automobile et dès l’âge de 15 ans, il prenait son tout premier cours de pilotage ! Arrivé à l’âge du permis de conduire, il pouvait enfin s’adonner tout entier à sa passion. Mais avec des moyens plus que limités. Ce qui explique qu’il se soit d’abord orienté vers le rallye régional puis vers la course de côte où la réussite va surgir. En effet Yves Emilienne, devenu Yves Courage par choix personnel, pour montrer sa détermination à réussir, fait immédiatement montre d’un excellent coup de volant mais également d’une véritable compétence dans la mise au point fine de sa voiture qui n’est pourtant pas de première jeunesse. Yves va accumuler plus de 80 victoires au cours de sa carrière en course de côté où il se sentait comme un poisson dans l’eau. L’appel du Mans se fera sentir dès 1972 ou avec un certain Jean Rondeau, Yves espère disputer ses premières 24 Heures. Pour cela, il faut se faire apprécier de Brian Robinson qui engage la Chevron. Mais ce n’est surement pas le fait d’emboutir la voiture placée devant lui place de la République avec la Citroën DS break de Jean que Brian, assis à l’arrière, qui a permis à Yves de marquer des points. Et il restera à quai tandis que Jean sera bel et bien de l’aventure.
Entre les deux amis, Jean et Yves, les liens vont finir par de distendre et tandis que le premier lance son aventure mancelle en commençant par Inaltera, Yves n’est plus très chaud pour courir les 24 Heures tant il est bien dans la course de côte. Mais son coup de volant lui attire pourtant des offres et c’est ainsi qu’en 1977 et 1978, il se retrouve engagé sur la Porsche de Joël Laplacette sans jamais voir l’arrivée. Pour aller au bout, il lui faut attendre de retrouver un volant manceau et c’est en 1981 que l’opportunité arrive, via son pote Jean-Philippe Grand, avec qui ils ont fait des rallyes.
La Lola T298 de Jean-Philippe est aux couleurs de Primagaz et les deux copains ne vont connaître aucune concurrence durant la course. Ils survolent la catégorie groupe 6 moins de deux litres et s’imposent malgré un BMW qui commence à chauffer en fin de course. Mais pour Yves, 270 km/h dans les Hunaudières, ce n’est pas assez, il lui faut plus de chevaux !
C’est alors que son copain mécanicien Jean-Michel Ricordeau le met en relation avec un certain Marcel Hubert, le fameux aérodynamicien d’Alpine puis de Renault Sport. Surnommé dans les années 60, "l'aérodynamiteur" pour savoir faire aller très vite les petites A210 dans les Hunaudières, Marcel a été de toute l'aventure mancelle de la marque dieppoise jusqu'à la victoire de 1978. Et son enthousiasme est communicatif. Le Groupe C arrive et selon Marcel, rien n’est plus facile que d’en faire une soi-même ! « Vous avez montré ce que vous savez faire sur le plan de la mécanique, vous vous en chargez et moi, je m’occupe du châssis et de l’aéro ! » ce qui explique que la toute première Cougar ressemblera beaucoup à une descendante des fameuses Alpine A441, A442 puis A443… « Mais sans l’enthousiasme de Marcel, jamais je ne me serais décidé à me lancer dans l’aventure ! » déclarait Yves à Michel Bonté dans le livre que celui-ci écrivit pour les 25 ans de l’aventure Courage Compétition.
Marcel procède à un chiffrage rapide des besoins financiers qu’un tel projet implique (dont il s’avèrera assez vite qu’il était très largement sous-estimé…) et Jacques Petitjean, le responsable de la promotion chez Primagaz apporte lui aussi son indéfectible soutien jusqu’à la réalisation complète du prototype ! Heureuses années ou des gens comme Jean Rondeau et Yves Courage ont pu lancer leur projet grâce à l’appui d’un seul mais généreux mécène. On en est bien loin désormais…
Une société est donc créée pour permettre la concrétisation du projet : la TAM (Techniques Automobiles Mancelles) Et c’est dans une baraque en parpaing du Val d’Oise que le premier master de carrosserie de la future Cougar C01 est réalisé. Une baraque tellement étroite qu’il faudra la casser partiellement pour en faire sortir le master ! L’équipe des fidèles « grognards » est déjà là, quasiment au complet, avec un enthousiasme qui ne cessera jamais tout au long des 25 ans. Malgré un grand scepticisme à l’annonce du projet Le Mans 1982, la passion ne fera que grandir au fur et à mesure que le temps avance, que les délais se réduisent et que les factures grandissent ! Heini Mader, le motoriste et préparateur suisse, suggère d’utiliser le Ford Cosworth 3,3 litres plutôt que le 3 litres. Soit ! Mais Jacques Petitjean doit rallonger la sauce…
En cette première année de groupe C, l’ACO a imposé aux équipes de faire rouler leur voiture au moins une fois avant Le Mans. Il y a trois possibilités pour cela : Monza en avril, Silverstone mi-mai et le Nürburgring fin mai. Les hommes de la TAM ne jurant que par les meilleurs fournisseurs, très accaparés par la F1 ou les grands constructeurs du groupe C, ils ne sont donc pas prioritaires et les délais s’allongent nettement et sans cesse ! Au point que rapidement, seuls des débuts sur la Nordschleiffe s’avèrent possibles ! « Un circuit énorme que je ne connaissais pas du tout. Je ne savais pas quel rapport rentrer lorsque j’arrivais dans un virage » assumait Yves !
Le camion prêté par Primagaz qui emmène la voiture en Allemagne tombe en panne de carburant et doit être remorqué sur quelques kilomètres par la propre Golf GTi de Yves ! La peinture de la voiture est terminée à 2H du matin avant de se présenter sur le circuit, elle finira donc de sécher en roulant ou presque ! Seul un petit roulage à Magny Cours a pu avoir lieu avant de se présenter dans l’Eifel… D’ultimes petits réglages ont lieu à la lueur des réverbères d’une autoroute allemande. Il s’agit là de l’aventure au sens pur mais on a connu plus serein comme préparation ! La qualif est pourtant obtenue facilement mais la course se résume à un seul tour en raison de la défaillance d’une rotule. Peu importe, la voie du Mans est définitivement ouverte !
Aux dires des observateurs de l’époque, la Cougar est de facture impeccable lorsqu’elle se présente aux Jacobins pour le Pesage. Avec sa carrosserie signée Marcel Hubert et malgré la faiblesse du Ford Cosworth face aux turbos, la C01 file bon train dans les Hunaudières avec une Vmax de 335 km/h plus qu’honorable. Yves en profite pour signer, sans réellement pousser à fond, un 3’51"62 qui le place 2ème sur la grille et 23ème du groupe C. Tout est paré, on peut donc amener la Cougar sur la grille de départ. On imagine l’émotion qui s’empare de l’équipe au moment où tous ces efforts se concrétisent enfin sous les yeux de la foule du Mans !
Et la première heure va amener de très grandes satisfactions car Yves se chargeant de prendre le départ, il remonte imparablement jusqu’à la 14ème place ! Le tout sans tirer réellement sur la C01, puisqu’il roulait 5 secondes moins vite qu’aux essais. Le but est déjà de l’amener au bout. « Mais alors que je venais à peine de débuter mon second relais, j’ai subi une crevaison brutale dans la grande courbe du début des Hunaudières ! » déclarait Yves à Michel Bonté. « J’ai cru que c’était fini pour moi et je me demande encore comment j’ai fait pour rester sur la piste. Heureusement que c’était le pneu ARD sinon… »
Débute alors une séance de bricolage avec les protos et GT qui le frôlent pour tenter de remettre de la vie dans cette auto sérieusement touchée. « Il m’a fallu relever tout le train arrière affaissé avec des bouts de ferraille à cause d’une rotule qui s’était brisée. » L’incident se produit à 17H07 et c’est vers 18H00 que Yves parvient à relancer doucement sa C01 ! « Mais en la ramenant sur trois roues, la transmission a fini par en prendre un coup à son tour. »
A 18H10, la C01 est livrée aux mains de ses mécanos. « On a changé rotules et triangles mais la voiture s’est mise à vibrer et plus ça allait, plus le mal empirait. Jamais, nous n’avons retrouvé la voiture comme elle était au départ ! » Deux nouveaux arrêts s’imposeront plus tard pour réparer de nouveau la suspension mais au cœur de la nuit, la Cougar C01 est toujours en course. Toutefois, lorsque vers 2H du matin, Michel Dubois connait des problèmes de transmission qui l’immobilisent à Mulsanne, Yves préfèrera ne pas insister. L’aventure des 24 Heures 1982 était terminée mais l’aventure Courage Compétition ne faisait que débuter…
Laurent Chauveau
PS : la C01 finira sa troisième course de la saison lors des 1000 km de Spa en fin de saison 1982 malgré des problèmes de tringlerie de boite et une chaleur infernale dans le cockpit. « Nous étions obligés de raccourcir nos relais sous peine de nous évanouir ! Mais trois mois après les premiers tours de roue, nous étions à l’arrivée, le reste importait peu… »



